top of page

Luis de la Fuente, l’architecte de la Roja

  • 16 juil.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 juil.

Seize ans après avoir décroché la seule Coupe du monde de son histoire en Afrique du Sud, l’Espagne retrouve les sommets. Dimanche, au MetLife Stadium, la Roja disputera la deuxième finale de coupe du monde de son histoire face à l’Argentine de Lionel Messi. Mais derrière ce retour au premier plan se cache un homme : Luis de la Fuente.

Photo: Jöran Steinsiek/Steinsiek Media Press

Depuis plus de dix ans, le sélectionneur espagnol accompagne, forme et façonne une génération qu’il a conduite des catégories inférieures jusqu’à l’équipe première. Un travail de longue haleine qui place aujourd’hui l’Espagne à nonante minutes d’une deuxième étoile.


Une démonstration face à la France pour retrouver la finale


Mardi soir, à Dallas, l’Espagne a envoyé un message fort au monde du football. Opposée à une équipe de France annoncée parmi les grandes favorites de la compétition, la Roja n’a jamais tremblé. Elle a, au contraire, livré l’une de ses prestations les plus abouties depuis de nombreuses années. Une victoire 2-0 dont la portée dépasse largement le simple résultat.


Pendant nonante minutes, les hommes de Luis de la Fuente ont imposé leur rythme, monopolisé le ballon et étouffé les Bleus grâce à un pressing parfaitement orchestré. Chaque sortie de balle semblait maîtrisée, chaque mouvement offensif pensé à l’avance et chaque repli défensif parfaitement coordonné.


Par moments, cette Espagne a rappelé celle des grands soirs, capable de dominer autant par sa maîtrise technique que par son intelligence collective. Face aux Français, elle n’a pas seulement remporté une demi-finale, elle a produit un football digne de son histoire et retrouvé, seize ans après Johannesburg, une place au sommet du football mondial. Une rencontre qui restera sans doute comme le match référence de son parcours dans ce Mondial.


Une montée en puissance au meilleur moment


Pourtant, le visage affiché avant le match face à la France n’était pas encore celui entrevu lors des premiers matchs de la compétition. Mais comme les plus grandes nations, l’Espagne a façonné son parcours avec patience, élevant progressivement son niveau de jeu jusqu’à livrer, en demi-finale, sa prestation la plus aboutie, entre solidité défensive, maîtrise du ballon et créativité offensive.


Cette progression n’a rien d’un hasard. Elle porte la marque d’un sélectionneur qui connaît cette équipe dans ses moindres détails, pour avoir accompagné une grande partie de ses joueurs bien avant qu’ils ne s’installent avec la Roja : Luis de la Fuente.


Luis de la Fuente, l’architecte d’une génération brillante


Avant de devenir le sélectionneur de la Roja, Luis de la Fuente avait déjà dirigé une grande partie des joueurs qui composent aujourd’hui son groupe.

C’est sans doute ce qui rend son parcours aussi singulier.


Depuis son arrivée à la Fédération espagnole en 2013, Luis de la Fuente n’a cessé de gravir les échelons. Sacré champion d’Europe avec les M19 en 2015, vainqueur des Jeux méditerranéens en 2018 puis de l’Euro M21 en 2019, il conduit ensuite la sélection olympique jusqu’à la médaille d’argent aux Jeux de Tokyo. Autant d’étapes qui ont façonné une génération qu’il retrouve aujourd’hui aux portes du plus grand rendez-vous du football mondial.


Unai Simón, Marc Cucurella, Mikel Merino, Mikel Oyarzabal, Dani Olmo, Martín Zubimendi ou encore Pedri figurent parmi les joueurs qu’il a accompagnés au fil des catégories inférieures et des différentes compétitions internationales.


Pour beaucoup d’entre eux, De la Fuente n’est donc pas seulement le sélectionneur qui les a conduits jusqu’au plus haut niveau. Il est aussi l’entraîneur qui les a vus grandir, progresser et franchir les différentes étapes menant jusqu’à la Roja.


En 2010, Vicente del Bosque avait conduit au sommet une génération bâtie par Luis Aragonés. Seize ans plus tard, Luis de la Fuente présente une trajectoire différente. Il n’a pas seulement hérité de cette génération, il l’a lui-même construite.


L’homme qui a redonné son identité à la Roja


Lorsque Luis de la Fuente prend les commandes de la sélection espagnole à la fin de l’année 2022, les interrogations sont nombreuses. Son expérience dans les catégories de jeunes est immense, mais son vécu au plus haut niveau international demeure alors limité.


Mais la réponse ne tarde pourtant pas à arriver. En juin 2023, il conduit l’Espagne au sacre en Ligue des nations et offre à la Roja son premier grand trophée depuis l’Euro 2012. Un an plus tard, son équipe réalise une campagne exceptionnelle lors du Championnat d’Europe 2024. L’Espagne remporte ses sept rencontres, une première dans l’histoire de la compétition, inscrit quinze buts – un record sur une édition – et décroche le quatrième titre européen de son histoire.


Mais ce sacre ne récompense pas seulement une équipe victorieuse. Il symbolise surtout le retour d’une Espagne capable de compléter son jeu de possession par ce qui lui avait tant manqué depuis le dernier titre remporté sous Vicente del Bosque : de la profondeur, de la vitesse et une véritable capacité à déséquilibrer les défenses sur les côtés.


Après 2012, la Roja avait conservé son goût du ballon, sa qualité de passe et sa volonté de contrôler les rencontres. Pourtant, génération après génération, elle s’était heurtée au même constat : une possession parfois trop stérile, un manque de verticalité et des adversaires désormais parfaitement préparés à défendre face à son style de jeu.


Luis de la Fuente a finalement trouvé la formule. En accordant toute sa confiance à Lamine Yamal et Nico Williams sur les ailes, il n’a pas renié l’identité espagnole. Il l’a tout simplement complétée.


Les deux jeunes attaquants ont apporté ce qui faisait défaut depuis plus d’une décennie, de la percussion, de l’explosivité, de l’imprévisibilité et cette capacité à éliminer un adversaire en un contre un.


La Roja a ainsi retrouvé la faculté d’étirer les blocs adverses, d’attaquer les espaces et d’alterner entre longues séquences de possession et accélérations soudaines. Après des années de recherche, Luis de la Fuente est parvenu à moderniser le modèle espagnol sans jamais le dénaturer.


Cette réussite s’est poursuivie en 2025 avec une nouvelle finale de Ligue des nations, perdue cette fois-ci aux tirs au but face au Portugal après un spectaculaire match nul (2-2). Malgré ce revers, un an plus tard, l’Espagne dispute désormais la deuxième finale de Coupe du monde de son histoire.


En un peu plus de trois ans à la tête de la sélection, Luis de la Fuente aura donc conduit la Roja à deux finales de Ligue des nations, remporté l’Euro 2024 et hissé l’Espagne jusqu’à une finale mondiale. Un véritable succès.


Mais sa plus grande réussite est sans doute ailleurs.


Elle réside dans la continuité qu’il a su créer entre toutes les catégories de la sélection espagnole. Les mêmes joueurs, les mêmes principes de jeu et la même exigence ont grandi ensemble jusqu’au plus haut niveau.


À la veille de la demi-finale face à la France, à Dallas, nous avons interrogé Luis de la Fuente sur cette relation si particulière qu’il entretient avec une génération qu’il accompagne depuis plus de dix ans.


Notre question était la suivante :


« Depuis les catégories inférieures, tu as formé de nombreux joueurs qui évoluent aujourd’hui avec l’équipe première. Que ressens-tu en les voyant désormais à seulement un match de disputer une finale de Coupe du monde ? »


Le sélectionneur espagnol a d’abord évoqué « un immense honneur », avant d’ajouter :


« Nous avons toujours parlé de boucler la boucle. Mais ce qui se passe, c’est que nous ne voulons pas la boucler lors de cette Coupe du monde. Nous voulons que ce ne soit qu’une étape supplémentaire, parce que nous sommes des compétiteurs dans l’âme et que nous voulons continuer à concourir. Bien sûr, remporter un championnat du monde serait la cerise sur le gâteau. Nous l’avons tous dans un coin de la tête, en sachant que ce sera très difficile. Mais, comme je l’ai déjà dit et comme je le répète : ¿Y si sí? »


La dernière expression employée par Luis de la Fuente dépasse le simple « Et si ? ». En espagnol, « ¿Y si sí? » signifie littéralement :« Et si, cette fois, c’était vraiment possible ? » Et si cette génération allait jusqu’au bout, rejoignaient définitivement Casillas, Ramos, Puyol, Xavi ou Iniesta dans l’histoire du football espagnol ? »



Ces quelques mots résument toute la philosophie de cette Espagne : croire sans jamais s’interdire de rêver.


Après la démonstration réalisée face à la France, ce qui relevait encore du rêve il y a quelques jours est désormais à portée de main. Il ne reste plus qu’un match pour entrer dans l’histoire.


Dimanche, au MetLife Stadium, l’Espagne tentera de décrocher sa deuxième étoile, tandis que l’Argentine cherchera à conserver sa couronne et à prolonger le règne de Lionel Messi. D’un côté, une génération qui veut ouvrir un nouveau chapitre. De l’autre, une équipe qui refuse encore de refermer le sien. Au terme de cette ultime bataille, une seule nation prendra place sur le toit du monde en écrivant le dernier chapitre de cette Coupe du monde.


Journaliste SFM

 
 
 

Commentaires


Nous contacter

 

Vous avez une question, une suggestion, une idée de sujet ou l'envie de collaborer avec nous ? Vous souhaitez nous transmettre une information ?

N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse suivante : media@sfmfootball.ch

sfmfootball.ch
  • SFM Football sur Instagram
  • SFM Football sur X
  • SFM Football sur Facebook
  • SFM Football sur TikTok

Copyright © 2025 SFM Football

bottom of page