Interview exclusif avec Zeki Amdouni « Mentalement, je me sens bien »
- Bruno Rafa
- 4 nov.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 nov.
Dans cet entretien écrit, Zeki revient avec sincérité sur les premières semaines après le choc, son mental, sa routine de rééducation, sa relation avec le football, le soutien reçu… et ce qui l’anime aujourd’hui.

Photo: SFM Football/Lino Djodji
Trois mois après sa rupture des ligaments croisés, contractée lors d’un entraînement avec Burnley, Zeki Amdouni poursuit sa rééducation loin des terrains. L’international suisse (27 sélections, 11 buts), auteur d’une saison remarquée au Benfica, a vu son ascension stoppée net au moment où de nombreux clubs européens manifestaient un vif intérêt. Entre frustration, patience et travail quotidien, l’attaquant de 24 ans avance étape par étape, avec en ligne de mire un retour à 100 % et la suite de sa progression.
Le choc et les premiers jours
Zeki, trois mois se sont écoulés depuis ta blessure. Comment tu te sens aujourd’hui, physiquement et mentalement ?
Ça fait déjà trois mois. Ça passe vite, parce qu’il y a des étapes : d’abord quitter les béquilles, puis remarcher normalement. Maintenant, j’ai une seule envie : recourir. Ensuite, je penserai au terrain. Comme quand tu n’es pas blessé, c’est jour après jour. J’essaie d’avoir le même état d’esprit. Mentalement, je me sens bien. J’ai déjà connu des galères dans le foot, ça ne me fait pas peur.
Quand c’est arrivé et que les médecins t’ont annoncé la rupture des croisés, qu’est-ce que tu as pensé et ressenti sur le moment ?
Je m’en souviens : l’entraînement touchait à sa fin, à peine 30 secondes restantes. Sur la dernière action, j’ai senti quelque chose au genou, rien qui me faisait penser à une rupture des croisés. Pendant deux jours, je suis quand même allé au foot malgré la douleur. Même les physios, après examens, ne savaient pas. Mercredi, après l’IRM, j’ai appelé le médecin. Je sentais qu’il y avait un problème, entorse peut‑être, mais jamais je n’aurais pensé à l’ACL. Il n’a rien dit au téléphone : “On en parle demain à l’entraînement.” Mon père a trouvé ça étrange. Le lendemain, au centre: médecin, physio, coach, assistant… Là j’ai compris. Ils ont été surpris par ma réaction : j’étais touché, oui, mais je ne montre jamais mes émotions; même mes proches ne m’ont jamais vu pleurer. Je me suis dit que ça fait partie du foot et qu’il fallait accepter. J’ai parlé avec le coach, lui aussi déçu. Après ma saison à Benfica, je voulais être là pour Burnley et montrer mon football. Mais ça fait partie du jeu.
Ces premières semaines après l’opération… comment on apprend à gérer le silence, le manque, le fait de ne plus sentir le ballon ?
Honnêtement, au départ, j’ai eu besoin d’être bien entouré. Mes proches venaient souvent en Angleterre, et aller tous les jours au centre d’entraînement m’a fait du bien. Même si je ne faisais pas grand-chose au départ, juste être là, voir mes coéquipiers, manger et rire avec eux, ça change tout.
Le mental, le courage et la routine
Les croisés, c’est souvent décrit comme un “combat contre soi-même”. Comment tu vis ce combat, jour après jour ?
Franchement, ça forge le mental. Voir tes coéquipiers enchaîner les matchs et les entraînements, ça te donne qu’une envie : revenir et te sentir au top. Mais pas question de forcer. Je prendrai le temps nécessaire pour revenir à 100 %.
Qu’est-ce qui t’aide le plus à tenir ? La famille, les amis, un mot, une musique ?
Ce qui me fait tenir, c’est d’abord que je suis quelqu’un d’assez solitaire, donc ça va. Et puis il y a ma famille, mes amis, le fait d’aller au centre d’entraînement, et surtout de voir ma rééducation progresser !
Tu as toujours eu la réputation d’un joueur discipliné et ambitieux. Est-ce que cette épreuve t’a encore plus forgé ?
Ma réputation, c’est vous qui la faites. Moi, je reste le même. L’opinion des autres m’importe peu : je donne toujours mon maximum. Si ça rend des gens heureux, tant mieux. Avec cette blessure, je bosse encore plus en salle et je me concentre sur des détails que je négligeais avant.
Peux-tu nous décrire une journée type de ta rééducation, entre kiné, travail physique, et ces moments de doute qu’on imagine inévitables ?
Je démarre la journée par de la mobilité, généralement avec l’équipe pour garder le lien. Puis direction la salle: renforcement de la cuisse, des ischios, des mollets et des fessiers. J’enchaîne avec de l’endurance sur le vélo avant les soins et le game ready. Bonne nouvelle: je recommence à courir doucement dès aujourd’hui et je vise un retour sur le terrain dans quelques semaines.
Benfica, le rêve interrompu
Tu sortais d’une saison pleine au Portugal, 10 buts, 3 passes décisives, un vrai lien avec le public de Benfica. Quand tu repenses à cette période, qu’est-ce qui te revient en tête ?
Par rapport à Benfica, une part de moi reste déçue, même très déçue. J’ai le sentiment qu’on ne m’a pas donné la chance que je méritais. Malgré un temps de jeu limité, j’ai montré de belles choses. Ça reste une expérience forte, mais je regrette de ne pas avoir tout gagné là-bas, car avec l’effectif qu’on avait, on devait tout gagner.
Pourquoi ton transfert définitif à Benfica n’a-t-il pas abouti ? Quel était ton lien avec Bruno Lage ? Et quand tu vois Mourinho arriver juste après ton départ… tu t’es dit quoi ?
Le transfert définitif n’a pas eu lieu, car le coach et moi ne partagions pas la même vision. J’ai disputé seulement un ou deux matchs à mon vrai poste sur toute la saison, sans jamais me plaindre. Quant à l’arrivée de Mourinho à Benfica, j’étais content pour mes anciens coéquipiers et je leur souhaite le meilleur.
Juste avant la blessure, ton nom circulait un peu partout en Europe. Et puis tout s’arrête brutalement… comment on encaisse ça ?
Franchement, les rumeurs de clubs intéressés, c’était pas mon sujet. Je voulais juste rejouer après les vacances, retourner à Burnley, surtout que je sentais la confiance du coach. J’avais la tête nulle part ailleurs.
Aujourd’hui tu appartiens à Burnley à nouveau. Est-ce que tu sens encore le soutien du club, du staff, des supporters ?
Oui, je reçois beaucoup de soutien, que ce soit des supporters, du staff que je côtoie chaque jour, ou du coach avec qui je discute souvent.
La Suisse dans le cœur
La Nati va devoir avancer sans toi pour ces qualifications. Est-ce difficile de regarder les matchs depuis l’extérieur ?
Honnêtement, oui. De l’extérieur, c’est pas simple. Mais les voir performer et enchaîner les victoires me rend fier, et je suis impatient de revenir.
Dans un coin de ta tête, il y a la Nati et une possible Coupe du monde. Est-ce déjà ton moteur, ce qui t’aide à te lever chaque matin ?
Bien sûr, l’équipe de Suisse est toujours dans ma tête. Voir ce que font les gars en ce moment, c’est incroyable. La Coupe du monde, j’y pense, mais ma priorité du moment, c’est Burnley et notre superbe saison.
Si tu pouvais t’adresser aujourd’hui aux fans suisses qui t’envoient des messages, tu leur dirais quoi ?
Je travaille dur pour revenir au plus vite. J’ai hâte de retrouver le terrain et de continuer à vous donner du plaisir, c’est le plus important.
Le regard d’un homme changé
On dit souvent que les grandes blessures changent un joueur. Qu’est-ce que celle-ci t’a appris, sur toi-même, sur la vie ?
Honnêtement, dans le foot, c’est jamais tout droit : y’a des hauts, des bas, faut faire avec. T’auras toujours des périodes où ça va moins bien, mais ce qui est top dans ce sport, c’est que tout va très vite. Aujourd’hui je suis blessé, mais je me plains pas.
Si on se projette un an plus tard… à quoi ressemblerait ton retour rêvé ?
Où je me vois dans un an… j’espère qu’on sera maintenus, que la Suisse ira à la Coupe du monde et que ma santé sera bonne.
Et quand tu penses à ce premier but, celui du retour… tu t’imagines où ? avec qui ? quelle émotion ?
J’y pense pas encore. Je veux surtout faire mon retour sur les terrains. Si ça se conclut par une victoire, c’est déjà top.
Est-ce que tu restes en contact avec Murat Yakin et le reste du groupe ?
Oui, je suis en contact avec le groupe, et Murat Yakin a été, je crois, l’un des premiers à m’appeler quand il a appris ma blessure, et il m’a tout de suite rassuré.







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